Rutte et Wilders.

Rutte et Wilders.

Un ministre turc s’est vu refuser l’entrée dans le pays; une autre ministre a été de facto détenue pendant des heures par une escouade antiterroriste de la police néerlandaise, empêchée d’entrer au consulat turc à Rotterdam et finalement expulsée du pays; le gouvernement d’Erdoğan a menacé d’adopter de “sévères mesures de rétorsion”; et finalement, des émeutes massives ont opposé des supporters néerlando-turcs d’Erdoğan et les flics. En bref, ce que nous avons vu se dérouler aux Pays-Bas la nuit dernière n’est pas très loin de constituer un incident international.

The original text in English.
Translated by Yves Coleman for Ni patrie ni frontières.

En ce qui me concerne, nous assistons ici à une confrontation entre deux politiciens qui ont au moins une chose en commun: des élections vont se tenir bientôt dans leurs pays respectifs, et il y a beaucoup d’enjeux pour ces deux individus. Rutte (un néolibéral de droite) est le plus susceptible de gagner les élections législatives néerlandaises mercredi prochain (et il restera probablement Premier ministre durant les quatre prochaines années – avec le soutien d’une coalition différente). Son principal concurrent, cependant, est le politicien d’extrême droite Geert Wilders. Pendant sa campagne électorale, Rutte s’est principalement adressé aux partisans de Wilders, afin de tenter de lui piquer quelques sièges. La campagne de Rutte a donc eu une tonalité fortement conservatrice, et elle a mis l’accent de façon négative et appuyée sur des sujets tels que l’immigration, le multiculturalisme et les “valeurs néerlandaises” (quel que soit le sens mystérieux de cette expression). Le choix de Rutte d’intensifier ce conflit avec Erdoğan n’est qu’une partie de cette campagne électorale. Demain, Rutte et Wilders s’affronteront dans un débat télévisé, et Wilders ne pourra plus jouer sa carte préférée et prétendre que Rutte est un politicien faible qui – comme tous les autres, selon lui – hésite à prendre position contre la prétendue “islamisation” du pays.

Inutile de dire que Erdoğan a des intérêts assez similaires. La population néerlando-turque est politiquement divisée, mais une partie importante d’entre elle est plutôt conservatrice (lors des élections législatives de 2015, près de 70% des suffrages exprimés par les Néerlando-Turcs sont allés à l’AKP mais il faut tenir compte du fait que la grande majorité de ces électeurs néerlando-turcs n’ont pas voté). Erdoğan espère obtenir leur soutien aux Pays-Bas et en Allemagne pour imposer ses réformes constitutionnelles en Turquie, et cet incident ne fera que renforcer sa position – à la fois à l’étranger et chez lui. Soyons clairs: Erdoğan (qui, au cours des derniers mois, a emprisonné plusieurs dirigeants de l’opposition, a purgé 130 000 fonctionnaires, enseignants, juges et universitaires et a fermé des milliers d’écoles, d’universités, de médias et de syndicats ouvriers) n’est pas encore un dictateur, mais il aspire au moins à en devenir un, et ces réformes constitutionnelles l’aideront clairement à atteindre cet objectif.

Le gouvernement néerlandais soutient qu’il ne peut pas permettre à Erdoğan de poursuivre ses ambitions politiques sur le sol néerlandais. Ironiquement, c’est au nom de la liberté d’expression et de la démocratie que les membres de son administration sont empêchés de faire campagne aux Pays-Bas. Mais Rutte joue un jeu dangereux, qui n’est pas essentiellement différent de celui d’Erdoğan: il cherche à marginaliser la minorité néerlando-turque, à stimuler les sentiments nationalistes et racistes parmi les électeurs euro-néerlandais et à légitimer l’usage d’une force excessive contre les minorités politiques et culturelles. Cela a très peu à voir avec la liberté d’expression ou avec la tentative d’Erdoğan d’établir un régime autocratique.

Ainsi, nous assistons ici à un combat entre deux politiciens de droite qui incitent à des émeutes et à un conflit international pour leur profit personnel. Tous deux poursuivent délibérément une stratégie de confrontation aux dépens de la minorité turque aux Pays-Bas. Tous deux cherchent à enflammer le sentiment nationaliste qui nous détourne davantage des questions qui devraient vraiment être au centre du débat politique: le fossé grandissant entre riches et pauvres (dans les deux pays), le racisme systémique contre les minorités culturelles et ethniques (encore une fois, dans les deux pays), et la crise continue des réfugiés au Levant et en Europe.

Rutte et Erdoğan: que la peste frappe vos deux maisons !

Mathijs van de Sande

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